W / Après les indépendances

Une lente transformation
Reconnaissance internationale du patrimoine
L’homme et l’environnement
Les années 2000 : Un changement radical
Environnement, long terme et vie quotidienne

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Une lente transformation

Au lendemain des indépendances (en 1960 pour le Burkina Faso, en 1963 pour le Bénin et le Niger), le Parc est divisé en trois secteurs, mais les états ont d’autres préoccupations que la préservation des zones classées et, même si les lois nationales renforcent la protection dans les textes, le Parc est alors exploité illégalement pour ses pâturages, son bois et ses réserves en eau.

En effet, les pistes sont peu praticables et les agents forestiers, peu nombreux, n’ont pas les moyens de faire respecter les lois. Mais la densité de population reste faible, et l’impact sur le milieu naturel mesuré.

Mais plusieurs facteurs vont changer cet état de fait : l’éradication des mouches tsé-tsé et de la simulie (le moucheron qui transmet l’onchocercose), la grande sécheresse de 1968 à 1973, transforment le Parc en zone d’immigration.

En conséquence, avec l’extension des cultures, la pression s’accentue sur les terres et il y a de moins en moins d’espace pour les troupeaux ; le bétail transhumant traverse alors la réserve et les animaux sauvages disparaissent, soit à cause du braconnage, soit par suite de maladies transmises par le bétail, ce qui n’empêche pas les fauves d’attaquer les animaux domestiques… Les éleveurs se plaignent : « Les plus fatigués de ce monde aujourd’hui sont les éleveurs : pas de pâturage, pas d’eau, même pas un endroit où ils peuvent s’arrêter avec un animal ! ».

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La reconnaissance internationale du patrimoine

Le classement successif des différentes zones du Parc comme site RAMSAR,, puis comme Réserve de biosphère par l’UNESCO  et sa désignation comme première réserve transfrontière (article du MONDE du  07.06.05) démontrent l’intérêt porté par la communauté scientifique internationale pour aider les populations à préserver cet espace unique et en maintenir la biodiversité.

Dans ce contexte, les populations devraient enfin pouvoir réinvestir physiquement et culturellement les terroirs dont elles ont été chassées des années durant.


Dans le W Bénin avec Kénin Tamou Nanti, socio-anthropologue : « …c’étaient des lieux habités par les peuples qui sont tout autour ici, les populations continuent à avoir un lien avec cette aire aujourd’hui protégée… »

Ecouter Kénin Tamou Nanti


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Préserver l’Homme ET l’environnement: un paradoxe à résoudre

Néanmoins, l’évolution des conditions climatiques et l’augmentation de la population impliquent une réflexion et une nouvelle adaptation à ce contexte inédit.

La situation reste fragile : un recensement aérien au-dessus du Parc organisé par l’UICN lors de la saison sèche, en avril 1994, évalue les troupeaux transhumants à près de 30 000 à 50 000 têtes de bétail (1).

En 1998, suite à des problèmes sanitaires récurrents, le Bénin interdit unilatéralement la transhumance transfrontalière sur son territoire, repoussant les éleveurs vers le Parc.

Et au voisinage du W, avec l’extension des zones cotonnières et des terres cultivables, les conflits entre éleveurs et cultivateurs sont de plus en plus fréquents.

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Les années 2000 : Un changement radical de point de vue

De façon concomitante, le mouvement de décentralisation des états et le changement de paradigme de la conservation mis en œuvre par le programme l’Homme et la Biosphère, de l’UNESCO, ont amené les gestionnaires du W à mettre en œuvre une politique de conservation participative avec les populations.

Et en réalité, il n’y a pas le choix : la population riveraine continue de croître, les terres cultivables se réduisent, la culture extensive sur brûlis montre ses limites : la jachère n’est quasiment plus pratiquée, et les zones cotonnières s’approchent dangereusement des abords du Parc. Et puis l’expérience des décennies passées a montré que la conservation des espaces de biodiversité en excluant l’Homme est impossible. L’objectif est donc dorénavant de donner la gestion de ces terres aux populations.

Cela signifie de faire renoncer les forestiers (corps d’armée) à la répression envers les chasseurs ou les braconniers, les éleveurs et les agriculteurs, et de convaincre les populations de l’intérêt qu’elles peuvent avoir à préserver leur environnement.

Mais avant la fête de l’Aïd 2008, pendant la saison sèche, Santos, le chef de secteur, et les gardes forestiers ont interpellé un braconnier non loin de la Tapoa : « …avec la fête qui arrive, il n’y a rien à manger, il faut voler et chasser… »

Ecouter Santos et un braconnier

Pour Amadou Boureima, professeur de géographie à l’université Abdou Moumouni de Niamey, qui travaille avec les populations riveraines du W, le braconnage n’est pas seulement le fait des populations locales : « …il y a un réseau qui permet d’écouler la viande de faune sauvage hors des frontières nigériennes… »

Ecouter Amadou Boureima

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Environnement, long terme et vie quotidienne

Concernant la transhumance, le programme européen ECOPAS a organisé de 2002 à 2004 des rencontres où ont été conviés des représentants des 3 pays et a lancé des expertises sur la transhumance dans la région. La création de couloirs de transhumance a alors été planifiée (1), mais le processus est en cours.


Aujourd’hui, le Bénin, le Burkina Faso et le Niger collaborent pour unifier leurs politiques environnementales dans le W. Un « point triple », à la frontière des 3 pays, a été créé et des équipes de forestiers issus des trois nationalités patrouillent dans la région transfrontalière. Le développement de l’écotourisme est également à l’ordre du jour, mais, à part les gorges de la Tapoa au Niger, où un hôtel géré par le Point Afrique attire les touristes en provenance de Niamey, la logistique reste à mettre en place ; les belles Chutes de Koudou, notamment – au Bénin – restent difficilement accessibles.

Sahailou Soumaila est le directeur du Parc du W Niger : « …nous essayons de leur expliquer que c’est un travail qui va porter ses fruits (…) nous sommes entrain de créer les emplois pour les populations et de les impliquer davantage dans la gestion du Parc… »

Ecouter Sahailou Soumaila, directeur du Parc W Niger

Et en matière d’environnement, les résultats sont toujours longs à discerner, car cela implique un investissement et un travail sur le long terme, sans oublier la lutte contre la pauvreté ; un ensemble de paramètres qui sont rarement en accord avec le temps du politique et celui des programmes d’aide internationaux. Néanmoins, le Parc du W semble sur la bonne voie, d’autant qu’il fait partie aujourd’hui du système écologique WAP, qui réunit le W et les parcs d’Arly et de la Pendjari, dans l’objectif de trouver une unité de réflexion et d’action sur ce vaste et exceptionnel territoire d’Afrique de l’Ouest.

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(1) La gestion de la transhumance dans la zone d’influence du parc régional du w par le programme ecopas, Arnaud Convers, Issa Chaibou, Aurélie Binot et Dominique Dulieu / 2007 / Revue Vertigo

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