W / Avant les indépendances

Avant la colonisation
Conservation et colonisation

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Avant la colonisation, un refuge « garde manger »

Le peuplement de cette région est ancien et se lit dans de nombreux sites archéologiques. Plusieurs groupes ethniques répartis sur les trois pays ont un passé culturel commun. Ce sont entre autres des agriculteurs Gourmantchés, Djerma, ou des pasteurs peuls.

A l’arrivée des colons, au début du 20ème siècle, la géopolitique locale et les maladies auraient déjà chassé les humains de la région et la densité de la population en périphérie du Parc ne devait pas dépasser 3 à 5 personnes à l’hectare.

La brousse était peu hospitalière : les mouches tsé-tsé aux bords des rivières transmettaient la maladie du sommeil (trypanosomiase) et les vers responsables de la cécité des rivières (onchocercose) pullulaient.

Pendant les 5 derniers siècles, les razzias d’hommes et de bétail subies par la population avaient chassé les villages vers l’extérieur, et le futur Parc du W s’était transformé en no man’s land stratégique (1).

« Les gens qui ont fondé le village de Tchiba (Kiba) (…) Une fois installés, ils ont commencé à attaquer d’autres villages (…) Ils ont fait beaucoup de captifs. Ils emmenaient les femmes les enfants, le bétail, les cauris. Ces gens capturés devenaient esclaves de Tchiba. Et nous, ce sont ces esclaves là qui nous ont mis au monde. Donc moi qui te parle, je suis un esclave » (Alambaré, Hamidou Alfari, 82 ans / 1996)

« Avant le Blanc (1900), la brousse n’appartenait à personne, mais chacun surveille son coin (…) les Kibabés ont attaqué deux fois les Gourmantchés ; ils ne s’entendaient pas ». (Alambaré, Hamidou Alfari, 82 ans / 1996)

La région du Parc du W restait donc un territoire refuge, une ressource utilisée ponctuellement par les ethnies environnantes pour la cueillette et la chasse, dans la limite de son accessibilité.
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Conservation et colonisation

Le décret du 10 mars 1925 (lois coloniales de l’Afrique Occidentale Française ou AOF) institue le parc comme « zone de refuge ». Le Parc est alors théoriquement  interdit à la chasse. Le Vétérinaire-adjoint Fiasson, en mission pour le gouverneur du Niger dans le W, écrit dans son rapport en juin 1937 que « des chasseurs y séjournent longuement (…) le Parc de Refuge brûle intégralement tous les ans ».

La brousse est plutôt clairsemée, les grands animaux sauvages se font rares, le nombre d’hippopotames et de lamantins dans le fleuve Niger décroît régulièrement et les quelques villageois de Kiba, de Nattangou et de Bikini, qui restent à l’intérieur du Parc, sont la proie des mouches tsé-tsé. Le vétérinaire Fiasson conseille au gouverneur de les déloger « dans un simple but humanitaire ».

A la suite de son voyage en mai et juin 1937, le Dr Fiasson recommande de créer une réserve naturelle intégrale ou un Parc national pour préserver les ressources naturelles.

Il préconise aussi de fixer la limite nord du Parc à la rivière Tapoa : « Au nord, il faut que ce soit la Tapoa, seule limite naturelle, or le village de Nattangou est à l’intérieur de cette limite. Il faut le reporter à l’extérieur (…) C’est une décision grave, mais les préoccupations de la protection de la faune dépassent les cadres de quelques ennuis des habitants d’un village qui seraient, d’ailleurs, indemnisés » (Dr Fiasson, Niamey, 11 juin 1937).

Ensuite, arrive le grand « déguerpissement » : les populations sont chassées manu militari et chasse et pâturage sont désormais interdits dans le Parc.

Fatouma est une vieille dame du village de Bossia, au bord du fleuve Niger, sur la rive en face du Parc. Jusqu’en 1937, elle vivait dans le W : «quand on a été déguerpis, ça a été vraiment violent»

Ecouter Fatouma

Les textes réglementaires, adoptés par le Gouverneur Général de l’AOF basé à Dakar, sont mis en œuvre en 1952 et 1953 et transforment le Parc en un complexe d’aires : des forêts domaniales classées, des réserves totales de faune. Le Parc est finalement classé parc national (au titre de la législation française) en 1954 (2).

Amadou Boureima, professeur de géographie à l’université Abdou Moumouni de Niamey : « les populations ont été déconnectées de l’aire centrale alors qu’elles ont beaucoup d’activités dans l’aire centrale et même leur identité »

Ecouter Amadou Boureima

 

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(1) Statuts et usage du sol en périphérie du Parc National du W Niger, Michel Benoît, ORSTOM / 1999

(2) La gestion transfrontalière des ressources naturelles dans le parc du W, Mohamadou I. Magha, Jean-Baptiste Kambou, Juliette Koudenoukpo / 2001

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